«Je veux me connecter à la source de la vie, transcender mon moi physique, le temps et l’espace. » Pour Gary Markowitz, la peinture est d’abord une sensation. Son travail commence toujours par une longue méditation. Il doit faire le silence. Faire taire ses propres combats. Alors se produit un déclic. L’épiphanie, au sens étymologique. Comme un passage dans une autre dimension. L’émotion est forte, presque orgasmique. Et la couleur jaillit. D’abord la couleur.

Elle s’installe sur la toile dans une succession d’accidents. Quelque chose semble envahir le corps de l’artiste, qui compare son état à une transe chamanique : « La vie surgit sur la toile. Je ne cherche à délivrer aucun message. Je ne fais que révéler ce qui m’apparaît. Mon but est de partager ces émotions avec le spectateur. »
C’est pourquoi il serait vain de décortiquer, d’analyser ou de qualifier son œuvre. La peinture de Gary Markowitz se contemple avec calme, lenteur. Il faut s’offrir à l’impact des couleurs. Laisser monter l’expérience en soi.

La couleur est son langage. Elle lui permet d’évoquer maints souvenirs qu’il attribue à des vies passées. Il les a collectés lors d’expériences mystiques déterminantes dans lesquelles il fut question d’anges pas toujours angéliques, de boules de lumière, de grands livres ouverts et de changements de corps. Ici un soufi, là une prêtresse de Delphes, ou encore un soldat roumain, une concubine, un meurtrier… « Mon corps est plein de toutes ces blessures. Il en garde la mémoire. C’est pour cela que je suis devenu peintre. »

Gary Markowitz fabrique lui-même les médiums qu’il utilise pour peindre. Cela lui permet de fonctionner par calques successifs en jouant sur des temps de séchage différents selon les pigments. Pour le reste, les techniques qu’il emploie sont celles des grands maîtres, en particulier pour ce qui concerne les formes et la lumière.
Il aime la bonne peinture figurative. Celle de Turner ou de Modigliani, par exemple. Mais à cet exercice il a fini par s’ennuyer. Un jour, en regardant le pantalon sur lequel il essuyait machinalement ses brosses, il le trouva si beau qu’il en reproduisit une partie en grand format. Cette expérience l’emmena sur les routes de l’abstraction et du minimalisme.

Aujourd’hui il combine tout cela pour viser au sublime. S’il utilise encore la figuration, c’est juste pour laisser au spectateur le soin de deviner deux colonnes récurrentes, l’ombre d’une ruine lointaine, une destination, ou quelqu’un, une femme, un ange peut-être… « Je donne quelques clés, des pistes, mais je laisse faire la couleur. Car elle affecte directement les chakras et contribue à ouvrir l’esprit. Souvent les gens ne voient pas la même chose que moi dans mes peintures, mais ils éprouvent les mêmes sentiments. L’art c’est de l’énergie, des émotions et des intentions qui se transmettent. »

Voilà pourquoi Gary aime que ses tableaux soient exposés dans des lieux publics. Ils sont réalisés dans une optique de partage. Sa peinture suggère qu’on peut changer d’état de conscience. L’artiste ne se pose pas en gourou, et n’a d’ailleurs pas de gourou lui-même. Aucun dogme, aucune prétention. Tout au plus un vécu intense et un goût prononcé pour le mystère.

Avant les anges, et sa découverte des « archives akashiques », il gagnait confortablement sa vie à Hawaii, exerçant pour d’autres ou à son compte les métiers de directeur artistique, photographe, écrivain, éditeur et concepteur.

Devenu peintre depuis cet hapax existentiel, en 1993, il a vendu plus de 500 tableaux dans le monde entier. Il a exposé à New York, Los Angeles, San Francisco, Washington DC, Hawaii, Houston, Portland, Cadaquès, Barcelone. Il a cependant continué à éditer des livres sur l’art et la spiritualité. Il a même donné des conférences sur le symbolisme de l’ange.

Mais le premier de tous aura probablement été sa propre mère, Marilyn Markowitz, qui était également artiste peintre. Elle a eu à ce titre les honneurs du Who's ho in American Art et du Who's Who in International Women. Elle a exposé dans plus de quarante musées. « Ma mère m’a profondément influencé, de même que tous ses amis artistes qui venaient à la maison ». Elle l’a fait naître le 28 octobre 1951 à Tucson, dans le Colorado, et lui a fait vivre une partie de son enfance au Japon. A 37 ans, il s’installe entre les deux, à Hawaii, qu’il ne quittera que 13 ans plus tard pour une autre île, déserte cette fois, au large de Cadaquès.

Aujourd’hui installé dans le Sud de la France, près de Pézenas, Gary Markowitz continue à peindre par nécessité intérieure, sans compromis. La nature et la féminité restent pour lui des sources d’inspiration inextinguibles. De même que la vie et le parcours de nombreux artistes qui l’ont précédé. Et quand on compare sa peinture à celle de Mark Rothko, il répond : « Cette proximité est probablement liée au fait que nous avons vécu les mêmes expériences mystiques. Il n’aurait pas peint de cette façon dans le cas contraire… »


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